Bon, c'est pas éthique, toute cette enquète "sous couvert". J'ai pas l'accord des participants ni rien. Mais je suis embrigadée un peu malgré moi dans la sociologie des clochards qui squattent les marches de St Maurice sous ma fenètre et sous le regard bienveillant du platre des statues.
Muriel, c'est le prénom de quelqu'un que je ne connais pas. Peut etre qu'elle habite la, peut etre qu'elle passe de temps en temps par la. Quoi qu'il en soit, de temps en temps, mon voisin des marches appelle Muriel instament. A la manière dont il l'appelle, on dirait qu'elle passe la et qu'elle n'ecoute pas ses plaintes. Muriel... Muriel... oh Muriel.... Murielllllllllllll, Muriel!
On sent qu'elle a du partir, mais une autre personne s'est approchée. Mon voisin reprends un sourire enjoué, raconte un peu sa vie, c'est dur tout ca. J'imagine qu'il y a une petite transaction, que le pieton (la pietonne) lui file un euro ou deux. Qu'ils se font la bise, et échangent les prénoms. Font pendant cinq minutes semblant d'etre potes, semblant d'etres proches.
Parce que, vous ne le savez pas chers piétons lambdas du centre ville de Lille, mais vous faites aussi partie de mon étude illégitime. Et mes grands amis de la Church of Rome autant que les autres. Vous croisez mon voisin sur les marches, vous lui filez un euro, et vous vous laissez embrigader dans une complicité dont vous n'avez pas voulu et qui n'aura pas de continuité. Et qui aura pour effet tangible de le maintenir dans la meme galère physique, alcolémique, psychologique et spirituelle. En sciences sociales on parle d'"enablers". C.a.d. de gens qui permettent matériellement a une situation indésirable de se perpetuer.
Mon voisin souffre, intensément. Il appelle Muriel comme un enfant de quatre ans appelerait sa maman. Sauf que Muriel n'a pas l'engagement d'une mère envers lui et ne lui offrait son secours que ponctuellement (ce qui en soit est extrememement louable). La misère est psychologique. Mon voisin est abandonné par Muriel et par Patrice, son autre bienfaiteur démissionnaire, et par tout le monde après. Mon voisin n'a pas de toit et pas d'amis. Quand la solitude ou la lassitude lui pèse, il n'y fait pas face, il fuit dans la boisson. Mon voisin, a dix mètres du saint s*crement, ignore tout du confort spirituel. C'est la faute a l'ignorance. Et ouais.
Parfois, il arrete tous les passants en leur demandant du tabac. Moi j'en ai des clopes. Je ne les lui ai jamais données. J'assume absolument et j'affirme que si j'etais dans cette situation je ne voudrais pas qu'on m'en donne. J'aurais honte de lui donner une clope ou dix euros en sachant que je perpetue cette situation. Je ne pourrais pas justifier de mes actes devant personne.
Si j'etais lui, je voudrais qu'on me prenne par la main et qu'on m'amène aux alc*oliques an*nymes, je voudrais que quelqu'un voie en moi du potentiel et de la bonne volonté. Je voudrais que quelqu'un me fasse confiance. Je voudrais que quelqu'un m'estime.
Bon allez, je vais allez me fumer une clope a ma fenètre, en vis a vis, exprès. Tough love mon frère, tough love.
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Edit: Y'a pas mal de controverses sur les alc*oliques anonymnes. Les points les plus problématiques c'est que le mouvement est parfois percu comme "religieux" et que la définition qu'ils donnent de l'alco*lisme est celle d'une maladie permanente et inguérissable: tout ce que tu peux faire c'est t'empecher de boire et continuer de dépendre des autres membres du groupe.
En realité, l'idée principale c'est d'avoir l'occasion d'accepter de l'aide et une véritable source de support inconditionel et qui sera la sur la durée. Les croyants peuvent la demander a "D*eu", les autres peuvent faire confiance au "groupe" et ca marche aussi bien dans les deux cas.
Le coup de la maladie inguérissable est plus problématique. C'est une idée qui est la à mon avis pour que les gens persévèrent un peu dans le trip. Mais c'est extremement débilitant sur la durée. le genre a faire passer le message que "sans le groupe tu n'y arriveras pas". Trés problématique, donc.
Bref, c'est un mouvement montrueusement controversé mais qui marche super bien. Aux Etats Unis il était souvent prescrit comme décision de justice: "c'est les A*A ou la prison". Jusqu'a une décision assez récente qui reglementa que les A*A etant un groupe religieux, il n'etait pas légal d'y contraindre quiconque.
Un dernier point c'est que l'aco*lisme ne doit pas ètre confondu avec le "recreational drinking". Tu peux te saouler tous les vendredis sans que ca soit un problème d'alco*lisme. L'alco*lisme n'apparait qu'a partir du moment ou on boit pour fuir la réalité.
Monday, July 31, 2006
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