Monday, April 10, 2006

un aspect meconnu de la pratique des langues etrangeres

Un truc que j'ai observe des tas de fois, et dont je parlais deja avec Vic vant de commencer le PhD, c'est le "britishing". Une espece de politesse et de pleasantness sans laquelle il est impossible de communiquer avec des brits, qui se retrouvent very very shocked si tu cesses d'y adherer.

D'habitude, je maitrise. Je maitrise d'ailleurs tellement bien que je n'ai plus droit a l'excuse d'etre une sous-civilisee de frenchie. Si je britishe pas c'est une insulte. Et ca me manque ces tablees de frenchies qui ne font que raler.

En plus, ca me joue plein de tours, parce que des que je rentre en Allemagne, si je continue sur ce mode la, je passe pour une faible-leche-botte-douceureuse- pas fiable et sans colonne vertebrale, et j'enerve montrueusement les gens. Alors que si j'ai le malheur de garder mon mode de communication teutonique au Royaume uni, il va leur falloir, et me falloir, une semaine pour m'en remettre.

Attention donc, ne jamais fatiguer parce que personne n'aura en tete les differents moeurs et profils psychologiques nationaux. Vous passerez juste pour un inadapte de la vie. Ma foi, ca me ferais presque me solidariser avec Chirac, et ses insultes low key sur la bouffe anglaise (dont ils se sont offusques ici pendant un bon mois dans la presse), alors que c'etait juste un mode de communication francais, une boutade amicale.

Bref, l'annee derniere, mon agence de logement vait fait une bourde. A peine arrivee au Royaume, et encore sur le mode Allemand, je gueule, poing sur la table: constructif, sans rancune, mais ASSERTIF (si t'es pas capable d'exprimer de la colere outre Rhin, t'es pas professionel et juste bonne pour t'ecraser et faire le cafe).

Bah le gars en face a fait des yeux ronds comme un poisson, et s'est execute sur ce que je lui demandait tellement shellshocked qu'il a pas decoche un mot. (P'tain j'ai de la chance qu'ils y aie pas eu de flics dans les parages, je me serais pris un ASBO* dans ce pays de fous). Moi, j'ai eu honte a m'en arracher la tete pendant deux semaines.

Par contre, comme je disais, la plus part du temps j'assure, je pique ses trucs a John Cleese, je titille leurs emotions taboues et ca a un charme fou. Je laisse mes brits avec un sourire d'une oreille a l'autre, en melangeant le parler franc, la pleasantness, et la bonne volonte**. Par example, je sais exactement comment dire que je suis jalouse de pas aller a Chicago sur un mode British. BH et Ozzie ne savent pas ce qui les a piques, mais ils deviennent tout heureux d'un seul coup. Parce que je desacralise leurs tabous gentiment, britishement. Ca les fait rire. Raler, donc, faites passez vos verites, mais avec art, tolerance et humour, les brits adorent. That's comedy.

Si vous voulez en savoir plus, matez voir le creneau d'Emily Lloyd dans Wish you were here. Une legende britanique a elle toute seule.





Voila, je me dis ca parce que vendredi, j'ai pas su trouver ma voix. Ca m'arrive mais c'est comme les fautes de frappes: pas souvent et j'fais pas expres. Je me rends compte apres coup que j'ai du etre d'une rustrerie legendaire, a s'en cacher sous le tapis. Un francais n'aurait rien trouve a redire cela dit. Je vais relire Stupeurs et Tremblements, pour l'heure.

* Anti-social behaviour order.
** John Cleese avoue volontier s'etre deliberement exile a l'etranger, de facon a mieux cerner les brits et a jouer avec leurs neuroses. Lire: Life and how to survive it.

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